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Jeux de grammaire #4 : L'ordre des mots dans la phrase de Molière à Star Wars

Jeux de grammaire #4: de Molière à Star Wars

 

Vous avez dit "anastrophe " ? Mais qu'est-ce donc ?

 

Comme Monsieur Jourdain (voir la vidéo ci-dessous) faisait de la prose sans le savoir, vous utilisez peut-être une figure de style appelée "anastrophe" sans le savoir non plus. L'anastrophe est un renversement de l'ordre habituel des mots pour créer un effet poétique ou insister sur un élément de la phrase.

Prenons deux exemples :

- le titre d'un film français (sorti en 2005) de Jacques Audiard  "De battre mon coeur s'est arrêté" où l'ordre des mots attendu, mais moins poétique, serait "mon coeur s'est arrêté de battre";

- le titre d'un conte de Charles Perrault (datant de 1697 et repris sous forme de dessin animé par Disney en 1959) "La Belle au bois dormant" anastrophe de la phrase "la belle dormant au bois (ou dans les bois)".

 

Le bourgeois gentilhomme

 

L'exemple d'anastrophe le plus parlant est certainement la scène 4 de l'Acte II de la pièce de théâtre "Le Bourgeois Gentihomme" de Molière (dont la première représentation a eu lieu devant le roi Louis XIV en 1670) et sa célèbre tirade sur la "belle marquise".

En voici une version filmée en 1968 avec deux acteurs de grand talent : Michel Serrault dans le rôle de Monsieur Jourdain (le bourgeois qui rêve de devenir gentihomme, c'est-à-dire noble) et Henri Virlogeux dans celui de son Maître de Philosophie.

 

 

Pour vous aider dans la compréhension de cet extrait, vous pouvez retrouver le texte de cette scène en bas de page.

 

A partir de cette scène, faites un premier jeu pour remettre un peu d'ordre dans la syntaxe française.

 

 

 

 

Star wars (ou la guerre des étoiles)

 

Plus proche de nous, un autre célèbre personnage de fiction est grand amateur de cette figure de style et parle principalement en anastrophes. Il s'agit de Maître Yoda dans la saga Star Wars de George Lucas.

Nous vous proposons donc d'aider notre ami Yoda à améliorer la syntaxe de ses phrases :

 

 

 

 

 

"Le Bourgeois Gentihomme" de Molière Acte II scène 4

MONSIEUR JOURDAIN.- Je vous en prie. Au reste il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Fort bien.

MONSIEUR JOURDAIN.- Cela sera galant, oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, non, point de vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Vous ne voulez que de la prose ?

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, je ne veux ni prose, ni vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.

MONSIEUR JOURDAIN.- Pourquoi ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer, que la prose, ou les vers.

MONSIEUR JOURDAIN.- Il n’y a que la prose, ou les vers ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose, est vers ; et tout ce qui n’est point vers, est prose.

MONSIEUR JOURDAIN.- Et comme l’on parle, qu’est-ce que c’est donc que cela ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- De la prose.

MONSIEUR JOURDAIN.- Quoi, quand je dis : "Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit [16] ", c’est de la prose ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Oui, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose, sans que j’en susse rien ; et je vous suis le plus obligé du monde, de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante ; que cela fût tourné gentiment.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un...

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Il faut bien étendre un peu la chose.

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode, bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

MONSIEUR JOURDAIN.- Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.- Je n’y manquerai pas.

 

 

 

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